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Distance, effroyable distance.
Toujours d’interminables chavirements, revirements lancinants.

Des remous, les vagues d’incertitude m’assènent et m’emplissent. Et le vent lui se lève, soulevant le voile de mes songes. Les pensées chavirent. Le vide est si grand, mais ton aura si proche. Le doute retentissant, mais les attentions subtilement là, s’accrochent à mon moi. Froid, toi, moi.



Incapable suis-je de lire… Ton mystère à travers ton regard. Regard appuyé, je perds pied. Si bien que seule et paralysée, aucun signe n’apparaît. Déconnexion.
Sanction.

Ce parfum laissant sombrement place aux échos de toi dans ma mémoire… …Sans peur pourtant j’avance, je risque, j’observe. Je cherche, patiente, filme et mets en scène.


Pensées obscènes à dos contre les murs bien qu’intentions sans nul doute bien pures. Logique. L’enfer est là, et tu en feras parti tant que tu exerceras sur moi cette noble fascination,

Toi .

 

 

 

Les IMAGES défilent, les filtres se déroulent et les PHOTOS se succèdent dans le ciel. Parsemées de visages sans nom, elles volent. Les unes après les autres calment leur cadence et tourbillonnent. Musique et portraits se mêlent et s’emmêlent.

C’est sur un rythme à la fois lent et planant qu’elles s’élèvent dans le ciel. Juxtaposées sur ta route, elles t’appellent. Un même lieu et pourtant des souvenirs divergents. Regards similaires et pourtant temps différents. Un REGARD sur le passé et là tu vois….

Que le temps file et te glisse entre les doigts. Que les années s’échappent et les souvenirs s’affolent, s’étiolant lentement laissant parfois ta mémoire atone. Et lorsque les mirages participent à la danse de ton imagination, lorsque tu comprends que voulant changer le passé celui-ci te rattrape, nul besoin de remède car point d’infirmité.

Ta vie n’est autre qu’un long fleuve au croisement de milliers d’océans, prenant sa source, accomplissant son œuvre et finissant.

 

Musiques écoutées :  They Stay down deep (Giselle) –  Whitecap widow (Fat segal)

 

 

 

Toujours la même musique virevoltant au grès des jours et des nuits,

Toujours le même souffle, suffoquant et haletant,

Battements tambourinant sur le sol froid d’un appartement.

Musique identique mais accords cette fois dialectiques.

C’est une berceuse douce venant de loin, peut-être du fond de ton âme.

Doublée de quelques crescendos, elle s’accélère et t’emporte.

Aucun mot, juste des notes frappées, juste un piano.

Peu à peu le rythme grandit et les notes, jouées avec maestria, sonne

Le glas de ton trépas.

 

Musique écoutée :  Struggle for pleasure – Will Mertens


Roi de ma tour d’ivoire,

C’est à toi que je m’adresse. S’il te plaît, ôte ta parure et descend de ton piédestal. Viens à ma hauteur tel un égal. Cesse de me tourmenter en la plaçant au sommet. Sous ses airs de duchesse, elle est ornée de tous tes espoirs et querelles. Elle se fait la blanche colombe de tes rêves, t’ensorcelant avec éclat. Tu ne sembles penser qu’à elle, du haut de ta tour…

…Alors s’il te plaît descends et observe autour de toi. Comme des éclairs, les espoirs fusent. Les pensées s’agitent et le vent les emporte, les entremêlant jusqu’à toi. Tu n’es pas l’élu, ni même un prophète. Mais, sublime, tu as poignardé mes songes et t’aies emparé de ce qu’il me reste de raison. Elles s’envolent les pensées, jusqu’à toi.

Mais tu ne sembles pas les voir, les signaux t’appelant. Stoïque tu restes lorsque mon regard s’envole vers le tiens. Fuyant tu es lorsque mes paroles trahissent implicitement mes sentiments les plus nobles. Indifférent tu te fais à mes appels. Inexistant tu demeures lorsque l’on ne se voit pas.  Et les mots s’envolent dans un tourbillon de romantisme, et les espoirs demeurent, comme des couteaux acérés dont la lame, déchirant la chair et cristallisant les désirs, se fait indélébile.

Musique écoutée :  Kidding – Imogen Heap

Deux ans que mes pensées chavirent sur le grand rail de ton indifférence,

Deux ans que tu surgis dans mes rêves et te fais le monopole de mes désirs.

Ange blanc au regard froid, plus tu esquives et plus j’expire. L’ombre d’un soupir, je ne saurais te dire. Je ne saurais te faire comprendre. Une main, un regard, des allusions : Tant de mots et si peu d’action. L’attente est si longue, les espérances si fortes, mais la réciprocité est-elle là ? Je ne saurais le dire. Impossible de jeter ton souvenir dans la rivière de l’oubli parmi les déchets autrefois balayés. Impossible d’effacer ton image de la route qui s’est tracée à moi. Dans cet espoir uniquement je subsiste.

Et dès que le vent se lève, j’imagine que tu sillonnes les routes, seul sans elle. Près de moi, je peux sentir ces effluves enivrantes, mais tu n’es point là. Près de moi tu étais lorsque l’on descendait ensemble les marches. Près de moi encore tu restais lorsque du bout des doigts je ne fis pas exprès d’effleurer ta main. Geste furtif mais dans lequel abondent mille et une vérités. Tu ne comprends donc pas ? Moi si, c’est pourtant simple et limpide.

Et si seulement…

…Tu préférais mon ombre à sa sagesse et mon sourire à son emprise. C’est un signal ad hoc que je t’envoie afin de te réveiller de ta torpeur et briser ainsi tes songes. AUCUNE FICTION, SIMPLEMENT DES MOTS, TOUT EN DEMESURE…

Musique écoutée :   Within Temptation – Somewhere

Poème 4 – Again (2008)

Il était là, près de moi,
Tout près…
Je pouvais sentir son odeur, la chaleur de son corps et
Le crépitement
Du péché
Lui, seulement lui. Il était là à nouveau, près de moi.
Quand la nausée des passions entre en scène, aucun échappatoire.
Pas de retour en arrière, vous êtes paré au décollage, prête à vous envoler
Dans le royaume des enfers, bien malgré vous. Encore et encore, ce parfum délicieux des Iles lointaines et imaginaires. Oui, il vous tente, vous traque, vous consume de l’intérieur tel un poison véniel. Sa main chaude remontant le long de vos jambes en une arabesque des plus douce, vous succombez. Trop tard. Vous vous abandonnez, naviguant au grès de ses gestes, vous accrochant au mat, au risque de basculer trop tôt dans l’oubli.
C’est à la fin du rêve que la passion commence, lorsque vous avez goûté au fruit défendu. Après ça, rien d’autre : juste le rythme d’un cœur qui s’emballe et qui se prends une balle.
S’installant, ne sachant pas par quoi
Commencer, il mit de la musique,
Je l’observais, et lui me souriait, plein de
Mimiques. Pause. Lentement et progressivement
Il déroula le filtre de ses jours et
Alluma la flamme de ma passion.
Il l’approcha de ses lèvres, y goûta,
Puis souffla. La fumée des passions
M’emporta au grès de ses rêves, dans
La musique du silence…
Il tira à nouveau. Sa main pâle se reflétait
Dans la lumière du jour, et je sombrais,
Embrumée dans mes pensées.
Quelques heures en une nuit,
Quelques minutes dans un lit,
Quelques baisers échangés dans la
Tendresse et la complicité.
Aucune parole. Seulement des gestes,
Des mains, des jambes qui s’entrechoquent,
Deux corps s’emmêlant timidement,
Dans l’aurore déjà claire,
De la fin d’un rêve éveillé.
Rythmique fantasmagorique.

Clin d’œil, rire étouffé, sourire en coin,
Je soutenais son regard d’un bleu
Azuréen, lui me fixait le sourire aux lèvres ;
Soubresauts réguliers, souffle,
Battements, début d’une transe de quelques décibels, je le regarde,
A nouveau cet œil coquin. Rupture.
Son étouffé. Reprise du rythme.
L’espace d’un souffle, d’un geste, d’une chanson épique,
J’admirais ce corps parfait :
Les courbes de ce torse si joliment bien découpées, m’attardant
Par deux fois sur ce regard féroce
Qui nourrissait mes envies les plus folles.
Partir avec lui, surfer au courant
Des délices sur les vagues de nos désirs.
Embrasser cette bouche acidulée sur
Une plage abandonnée, s’enfoncer dans
Le sable dans l’ardeur de nos baisers,
Me recouvrir de son parfum sucré…


L’espace d’un souffle.

Seul avec elle dans sa prison dorée, il pense.
Noyée dans la cavalcade de mes pensées, je rêve.
Mon regard croise le bleu de ses yeux et un seul désir compte. La volupté de son souffle, la philosophie de ses mots, l’éclat de son rire me laisse ivre, ivre de lui, de son corps et de son esprit. Envie de tout, envie de rien, gourmandise de ce corps qui ne m’appartient pas, envie de le prendre, de goûter sa peau fruitée, caresser ses mèches dorées, tout en parcourant son corps de baisers. Envie de toucher son dos brûlant dans la musique de ses gestes, de sombrer dans le crépuscule de ses lèvres, de déchirer sa raison afin de lui voler sa passion. Prisonnière à jamais de cette faim imaginaire,
J’erre, et j’envie.

Ayn Rand est une autrice russe émigrée aux Etats-Unis. Ses origines et sa vie en URSS laissèrent chez elle d’amers souvenirs, à tel point qu’elle s’en inspira lors de l’écriture de ses nombreux romans et essais dont les principaux bien qu’à succès, furent marginalisés. En France aujourd’hui, cet auteur est quasiment inconnu et  “Atlas Shrugged“, qui est l’un de ses best-sellers, ne fait certainement pas écho à un étudiant lambda.

Ce passage que j’ai sélectionné pour vous provient de son roman “The Fountainhead” qui fut publié en 1943. Elle raconte l’histoire de deux architectes dont l’un est animé par une ambition démesuré, qui le porte à la gloire et à la réussite au profit de nombreuses bassesses. Le second, Howard Roark, est un architecte impopulaire dont la soif d’absolu dépasse toute mesure. Celui-ci se retrouve en procès pour avoir détruit un building qui ne correspondait pas à son idéal. S’en suit alors une gigantesque plaidoirie assurée par ce dernier en faveur de la liberté, de la créativité et de l’égoisme qui, loin d’être vice, n’est en réalité que vertu.

 

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«       Il y a des milliers d’années, un homme fit du feu pour la première fois. Il fut probablement brûlé vif sur le bûcher qu’il avait allumé de ses propres mains. Il fut considéré comme un malfaiteur qui avait dérobé à un démon un secret que l’humanité redoutait. Mais, grâce à lui, les hommes purent se chauffer, cuire leurs aliments, éclairer leurs cavernes. Il leur laissa un don inestimable et chassa les ténèbres de la Terre. Des siècles plus tard, un autre homme inventa la roue. Il fut probablement écartelé sur cette roue qu’il avait enseigné à ses frères à construire. Il fut considéré comme un transgresseur qui s’aventurait dans un domaine interdit. Mais, grâce à lui, les hommes purent voyager dans toutes les directions. Il leur laissa, lui aussi, un don d’une valeur inestimable et avait ouvert pour eux les routes du monde.« Cet homme là, le pionnier, le précurseur, nous le retrouvons dans toutes les légendes que l’homme a imaginé pour expliquer le commencement de toutes choses. Prométhée fut enchainé à un rocher et dépecé par des vautours parce qu’il avait dérobé le feu des Dieux. Adam fut condamné à souffrir parce qu’il avait mangé du fruit de l’arbre de la connaissance. Quelque soit la légende, l’humanité sait obscurément que c’est à ces héros obscurs qu’elle doit sa gloire et que chacun d’eux paya son courage de sa vie.Et aux cours des siècles, il y eut ainsi des hommes qui s’élancèrent sur des voies nouvelles, guidés uniquement par leur vision intérieure. Leurs buts différaient, mais tous avaient ceci en commun : Ils s’élançaient les premiers sur une route nouvelle, leur vision était originale et ils ne recevaient en retour que de la haine. Les grands créateurs : Les penseurs, les artistes, les savants, les inventeurs, se sont toujours dressés, solitaires, contre les hommes de leur temps. Chaque grande pensée nouvelle ne rencontra qu’opposition ; Chaque grande invention qu’incrédulité. Le premier moteur fut considéré comme une absurdité, l’avion comme une impossibilité, le métier mécanique comme une invention répréhensible, l’anesthésie comme un péché, mais les hommes qui avaient inventé tout cela continuèrent d’aller de l’avant. Ils luttèrent ; ils souffrirent, mais ils remportèrent la victoire.

Aucun de ces créateurs n’était inspiré par le désir de servir l’humanité, et les hommes refusaient ce qu’il leur apportait, ayant horreur de tout ce qui pouvait changer leur routine paresseuse. Sa conviction intérieure était son unique motif. Une œuvre à accomplir, conçue par lui, exécutée par lui. Que ce fut une symphonie, un livre, un moteur, un système philosophique, un avion ou un building… Là était son but et le sens de sa vie, et non pas ceux qui entendraient, liraient ou se serviraient de ce qu’il créait. La création en elle-même et non à celui à laquelle elle était destinée. L’œuvre et non pas les bienfaits qu’en retireraient d’autres hommes. Cette œuvre qui donnerait forme à sa vérité intérieure, cette vérité qui comptait pour lui plus que tout.

Sa vision intérieure, sa force, son courage, il les puisait en lui-même, dans cette entité qu’est la conscience de l’homme, car penser, sentir, juger sont des fonctions du moi.

C’est pourquoi les créateurs ne sont jamais dépourvus d’égoïsme. C’est en cela que réside le secret de leur puissance ; ils trouvent en eux même leur raison de créer, leur source d’énergie, leur principe moteur. Le créateur ne sert ni rien ni personne. Il vit pour lui-même.Et c’est uniquement en vivant pour lui-même que l’homme est capable de réaliser les œuvres qui sont l’honneur de l’humanité, car telle est la loi même de la création.

L’homme ne peut se maintenir sur la Terre que grâce à sa pensée. Il vient au monde désarmé. Son cerveau est son unique arme. Les animaux se procurent la nourriture par la force. L’homme n’a ni griffes, ni crocs, ni cornes, ni même une très grande force musculaire. Il lui faut cultiver les aliments qu’il absorbe ou se livrer à la chasse, à la pêche. Pour cela il lui faut des armes, et ces armes sont encore une création  de son esprit. Des plus humbles nécessités aux abstractions religieuses les plus hautes, de la roue au gratte ciel, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons nous vient d’une fonction que seul l’homme possède… Sa faculté de raisonner.

Mais l’esprit est un attribut individuel. Il n’existe rien de pareil à un cerveau collectif. Une décision prise par un groupe d’hommes n’est jamais qu’un compromis ou une moyenne de la pensée de plusieurs.  C’est une conséquence secondaire. Mais l’acte premier, le processus du raisonnement, doit être accompli par un individu isolé. Nous pouvons partager un repas entre plusieurs personnes, mais ce repas ne peut être digéré par un estomac collectif, et aucun homme ne peut, à l’aide de ses poumons, respirer pour un autre. Toutes les fonctions de notre corps et de notre esprit nous sont personnelles. Nous ne pouvons ni les partager, ni les transférer.

Nous héritons du produit de la pensée des hommes qui nous ont précédés. De la roue, nous faisons une charrette, puis une auto. Cette auto se transforme en avion. Mais en réalité, tout cela n’est rien d’autre que la résultante d’une pensée. Or la faculté créatrice ne peut être ni donnée, ni reprise, ni partagée, ni empruntée, elle appartient en propre à un individu. L’œuvre qu’il crée appartient au créateur. Certes, les hommes apprennent beaucoup les uns par les autres, mais ce qu’un homme ne peut donner à un autre, c’est la capacité de penser par lui-même.

Rien n’est donné à l’homme sur la Terre. Tout ce qui lui est nécessaire, il lui faut le produire. Et c’est là que l’homme se trouve en face de cette alternative : Ou vivre du travail indépendant de son propre esprit, ou n’être qu’un parasite nourri par l’esprit des autres. Le créateur s’exprime, le parasite emprunte. Le créateur affronte la vie directement, le parasite à l’aide d’intermédiaires.Le but du créateur est la conquête des éléments ; le but du parasite est la conquête des autres hommes. Le créateur vit pour son œuvre. Il n’a pas besoin des autres. Son véritable but est en lui-même. Le parasite vit par dépendance. Il a besoin des autres. Les autres hommes sont pour lui le principe moteur.

Le besoin le plus profond du créateur est l’indépendance. L’esprit humain ne peut travailler sous la contrainte. Il ne peut être plié, sacrifié ou subordonné à des considérations quelles qu’elles soient. Et c’est pourquoi ses relations avec les autres hommes sont, pour le créateur, secondaires.      Le besoin profond du parasite est d’assurer ses biens avec les autres hommes. Il met au dessus de tout les relations. Il déclare à qui veut l’entendre que l’homme est fait pour servir l’homme. Il prêche l’altruisme. L’altruisme est cette doctrine qui demande que l’homme vive pour les autres et qu’il place les autres au dessus de lui-même.

Or aucun homme ne peut vivre pour un autre. Il ne peut pas davantage démembrer son cerveau qu’il ne peut démembrer son corps. Mais le parasite s’est fait de l’altruisme une arme pour exploiter l’humanité et détruire les bases mêmes des principes moraux de l’humanité. Tout ce qu’on a enseigné à l’homme détruisait en lui le créateur, car on lui a fait croire que la dépendance est une vertu.

L’homme qui s’efforce de vivre pour les autres est un homme dépendant. Il est lui-même un parasite et transforme ceux qu’il sert en parasites. Rien ne peut résulter de cet échange qu’une mutuelle corruption. L’homme qui, dans la réalité, s’approche le plus de cette conception est l’esclave. Si l’esclavage par la force est déjà une chose répugnante, que dire de l’esclavage spirituel. Il reste dans l’homme asservi un vestige d’honneur, le mérite d’avoir résisté et le fait de considérer sa situation comme mauvaise. Mais l’homme qui se transforme en esclave volontaire au nom de l’amour est la créature la plus basse qui existe. Elle porte atteinte à la dignité de l’homme et à la conception même de l’amour. Et telle est cependant l’essence même de l’altruisme.

On a enseigné à l’homme que la plus haute vertu n’était pas de créer, mais de donner. Mais comment peut-on donner une chose avant de la créer ?La création vient avant le don, sans cela il n’y aurait rien à donner ; la nécessité intérieure du créateur avant les besoins des bénéficiaires éventuels. Et cependant, on nous a appris à admirer l’être de second plan qui dispense des dons qu’il n’a pas crées, en passant par-dessus celui qui a rendu ce don possible. Nous appelons cela un acte de charité, et nous l’admirons davantage qu’un acte de création.

Les hommes ont appris également que leur premier souci devait être de soulager les misères des autres hommes. Or la souffrance est une maladie. Si un homme se trouve en contact avec cette maladie, il est naturel qu’il cherche à donner au malade l’aide dont celui-ci a besoin, mais faire de cet acte la plus grande marque de vertu est faire de la souffrance la chose la plus importante de la vie. L’homme en arrive alors à souhaiter les souffrances des autres, afin de pouvoir faire montre de vertu. Telle est la nature même de l’altruisme. Le créateur, lui, n’a pas pour intérêt premier la souffrance, mais la vie. Mais en réalité, l’œuvre des créateurs a plus fait pour supprimer sur la terre toutes les formes de souffrance, aussi bien morales que physiques, que l’altruiste ne peut l’imaginer.

On a également enseigné à l’homme que faire chorus avec les autres est une vertu. Or le créateur est par essence même un homme qui s’oppose aux autres hommes. On a fait croire à l’homme que nager dans le courant est une vertu.  Or le créateur est un homme qui nage contre le courant. Les hommes croient également que vivre en foule est une vertu. Or le créateur est un homme qui vit seul.On a enseigné à l’homme que le moi est synonyme de mal,  et que l’oubli de soi-même est la plus haute des vertus. Mais le créateur est un égotiste dans le sens du mot le plus absolu, car l’homme dépourvu d’égotisme est celui qui ne pense, qui ne sent, qui ne juge ni n’agit par lui-même.

Et c’est ici que l’échelle des valeurs a été le plus dangereusement faussée ; que toute liberté a été enlevée à l’homme. C’était ou l’égotisme, ou l’altruisme ; l’égotisme étant considéré comme le fait de sacrifier les autres à soi même, l’altruisme le fait de se sacrifier soi-même aux autres. Ceci liait irrévocablement l’homme à l’homme, ne lui laissant le choix qu’entre deux partis également pénibles, ou souffrir par les autres ou faire souffrir les autres.  Et lorsqu’enfin on eut persuadé l’homme qu’il trouverait ses plus grandes joies dans le sacrifice de lui-même, la trappe se referma. L’homme se vit forcé d’accepter le masochisme comme son idéal, puisque le sadisme était l’unique parti qui s’offrait à lui. Et ce fut là la plus grande tromperie qu’on infligea à l’humanité.

Ce fut ainsi qu’on fit de la faiblesse et de la souffrance les bases même de la vie.

Or en réalité, ce n’est pas entre le sacrifice de soi et la domination des autres qu’il s’agit de choisir, mais entre la l’indépendance et la dépendance. Entre le code du créateur et celui du parasite. Le code du créateur est bâti sur les besoins d’un esprit indépendant, celui du parasite sur les besoins d’un esprit dépendant. Or tout ce que produit un esprit indépendant est juste et tout ce qui provient d’un esprit dépendant est faux.

L’égotiste dans le sens absolu du terme n’est pas l’homme qui sacrifie les autres. C’est celui qui a renoncé à se servir des hommes de quelque façon que ce soit, qui ne vit pas en fonction d’eux, qui ne fait pas des autres le moteur initial de ses actes, de ses pensées, de ses désirs, qui ne puise pas en eux la source de son énergie. Il n’existe pas en fonction d’un autre, pas plus qu’il ne demande à un autre d’exister en fonction de lui. C’est là la seule forme de fraternité, basée sur le respect mutuel, possible entre les hommes.

L’homme peut-être plus ou moins doué, mais un principe essentiel demeure : le degré d’indépendance à laquelle il est arrivé, son initiative personnelle et l’amour qu’il porte à son travail. C’est cela qui détermine et sa capacité en tant que travailleur, et sa valeur en tant qu’homme. L’indépendance est la seule jauge avec laquelle on puisse mesurer l’homme. Ce qu’un homme fait de lui-même et par lui-même et non ce qu’il fait ou ne fait pas pour les autres. Rien ne peut remplacer la dignité personnelle. Et il n’y a pas de dignité personnelle sans indépendance.

Dans les rapports humains tels qu’ils doivent être, il n’existe pas de notion de sacrifice. Un architecte ne peut vivre sans clients, mais cela ne veut pas dire qu’il doive subordonner son travail à leurs désirs. Ils ont besoin de lui, mais ne le charge pas de construire une demeure simplement pour lui fournir du travail. Deux hommes échangent leur travail par un libre consentement mutuel, parce qu’ils y trouvent l’un et l’autre leur intérêt et que tout deux désirent cet échange. Sinon, rien ne les y oblige. C’est là la seule forme possible de relations entre égaux. Toute autre conception est celle de l’esclave au maitre ou de la victime à son bourreau.

Aucune œuvre digne de ce nom ne peut être accomplie collectivement, par la décision d’une majorité. Chaque création doit être conçue par un esprit original. Un architecte a besoin d’un grand nombre de corps de métiers pour construire le building qu’il a conçu, mais il ne leur demande pas d’approuver ses plans. Ils travaillent ensemble par consentement mutuel, chacun remplissant la fonction qui lui est propre. Un architecte se sert de l’acier, du verre, du béton, que d’autres lui ont préparés. Mais ces matériaux ne sont que des matériaux tant qu’il ne les a pas transformés en leur donnant une forme qui lui est personnelle. Voilà la seule forme possible de coopération entre les hommes.

Le premier droit de l’homme, c’est le droit d’être lui-même. Et le premier devoir de l’homme est son devoir envers lui-même. Et le principe moral le plus sacré est de ne jamais transposer dans d’autres êtres le but même de sa vie. L’obligation morale la plus importante pour l’homme est d’accomplir ce qu’il désire faire, à condition que ce désir ne dépende pas, avant tout, des autres. C’est uniquement selon un tel code que peut vivre, penser, créer le créateur. Mais ce n’est pas là la sphère du gangster, de l’altruiste ou du dictateur.

L’homme pense et travaille seul. Mais il ne peut pas piller, exploiter ou dominer…seul. Le pillage, l’exploitation de l’homme par l’homme et la dictature présupposent des victimes, donc des êtres dépendants. C’est le domaine du parasite.

Les conducteurs d’hommes ne sont pas des égotistes. Ils ne créent rien. Ils existent entièrement en fonction des autres. Leur but est d’asservir des êtres. Ils sont aussi dépendants que le mendiant, le travailleur social ou le bandit. La forme de dépendance importe peu.Mais on enseigna aux hommes à considérer ces parasites, les tyrans, les empereurs, les dictateurs, comme des symboles même de l’égotisme. Et grâce à cette immense duperie, ceux-ci furent en mesure de détruire l’âme humaine, la leur aussi bien que celle des autres.

Depuis le début de l’ère historique, les deux antagonistes, le créateur et le parasite, s’affrontèrent. Et à la première invention du créateur, le parasite répondit en inventant l’altruisme. Le créateur, honni, persécuté, exploité, n’en allait pas moins de l’avant, emportant l’humanité dans le rythme de son énergie. Le parasite, lui, ne faisait rien d’autre que multiplier les obstacles. Cette lutte portait d’ailleurs un autre nom : Celle de l’individu contre la collectivité.

Le « bien commun » de la collectivité en tant que race, que classe ou qu’Etat fut le but avoué et la justification de toutes les tyrannies qui furent imposées à l’homme. Les pires horreurs furent accomplies au nom de l’altruisme. Est-il possible que n’importe quel acte accompli par égoïsme ait jamais atteint aux carnages perpétrés au nom de l’altruisme ? La faute en est-elle à l’hypocrisie ou aux principes faux qu’on a inculqués aux hommes ? Les pires bouchers furent les hommes les plus sincères. Ils croyaient atteindre à la société parfaite grâce à la guillotine et au peloton d’exécution. Personne ne leur demanda raison de leurs meurtres, puisqu’ils les accomplissaient par altruisme. Les acteurs changent mais la tragédie reste la même. Un être soi disant humanitaire commence par des déclarations d’amour pour l’humanité et finit par faire verser des mares de sang. Cela continue et cela continuera tant que l’on fera croire à l’homme qu’une action est bonne à condition de ne pas avoir été dicté par l’égoïsme. Cela autorise l’altruiste à agir et oblige ses victimes à tout supporter. Les chefs des mouvements collectivistes ne demandent jamais rien pour eux même, mais observez les résultats.

Prenez maintenant une société édifiée sur le principe de l’individualisme, ce pays, le notre. Le pays le plus noble dans toute l’histoire du monde. Le pays des entreprises les plus grandioses, de la plus grande prospérité, de la plus grande liberté. La société n’y avait pas été basée sur la servitude, le sacrifice, le renoncement et autres principes d’altruisme, mais sur le droit de l’homme d’aspirer au bonheur.  A son bonheur à lui et non à celui de quelqu’un d’autre. Un but privé, personnel, égoïste. Regardez donc les résultats et faites un examen de conscience.

C’est un conflit vieux comme le monde. Les hommes se sont parfois approchés de la vérité, mais chaque fois ils ont échoué près du but  et les civilisations ont disparu les unes après les autres. La civilisation n’est rien d’autre que le développement de la vie privée. L’existence tout entière du sauvage se déroule en public, commandée par les lois de la tribu. La civilisation n’a d’autre but que de libérer l’homme de l’homme.

Or dans notre pays, en ce moment, le collectivisme, la loi des êtres de seconde zone et de second ordre, a brisé ses entraves et se déchaine. Il a amené l’homme à un état d’abaissement intellectuel jamais atteint sur la terre, aboutissant à des horreurs sans précédent. Il a empoisonné la plupart des esprits, avalé la plus grande partie de l’Europe, commence à gagner notre patrie. »

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